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Tous addicts ?

Alimentation, sexe, alcool, séries, téléphone portable… Nous sommes tous addicts à quelque chose dans un monde qui pousse la consommation à l’extrême et la satisfaction du plaisir immédiat et éphémère à son paroxysme. La pulsion alimentaire n’échappe pas à ces constats.

Des pulsions alimentaires devenues courantes

Société de consommation poussée à l’extrême, présence croissante du sucre dans l’alimentation, glorification de la nourriture sur les réseaux sociaux, notamment à travers les « food challenges » sur Instagram, boom des restaurants à volonté… Les exemples ne manquent pas pour montrer que la société est devenue obsédée par la nourriture et l’absorption de calories. A tel point que la pulsion alimentaire n’est même plus considérée comme anormale.

Si l’addiction à l’alimentation, au sens strict du terme, touche 5 à 10% de la population de « poids normal » et atteint 40% chez les obèses selon le dossier du magazine Science&Santé de l’Inserm de 2017, le champ de la pulsion apparaît bien plus large. Il en va en effet de la fringale que l’on compense en mangeant un paquet de biscuits entier à ouvrir le frigo et à engloutir tout ce qui nous tombe sous la main sans réfléchir. Et ce genre de comportements compulsifs s’observe à tout âge. A différents niveaux, nous sommes bel et bien tous addicts à la nourriture.

Pourquoi cette tendance est-elle aussi forte ? Car la nourriture n’est aujourd’hui plus un simple besoin primaire. En d’autres termes, on ne se nourrit plus pour vivre, et éventuellement en retirer du plaisir, mais la nourriture est devenue à la fois synonyme de plaisir et de compensation émotionnelle. L’expression « manger ses émotions », que l’on a pu rencontrer à plusieurs reprises, n’a jamais eu autant de sens de nos jours.

Tous addicts ?

Le titre de l’ouvrage des spécialistes en la matière William Lowenstein et Laurent Karila est édifiant : Tous addicts, et après ? (2017). Et il est très instructif. Les deux auteurs montrent que, dans cette société obsédée par la nourriture, nous sommes globalement tous addicts et qu’il devient très difficile d’avoir un rapport « normal » avec la nourriture.

Mais il ne s’agit pas que de nourriture. Les sources d’addiction sont très diverses : alcool, tabac, drogues, jeux de hasard et d’argent, travail, sexe, sport, téléphones portables et écrans… Il semble difficile de leur échapper, d’autant plus quand on sait que les addictions gagnent du terrain. Certains parlent même de « génération accro », fabriquée par la société de consommation et le plaisir immédiat qui favorisaient un terrain pour de nouvelles dépendances ne se caractérisant plus seulement par l’absorption de substances mais aussi par d’autres formes de « gavages » : « binge-watching », « binge-drinking », « binge-eating ». La consommation excessive de séries, d’alcool et de nourriture deviennent alors des pratiques courantes qui ne sont plus stigmatisées.

L’addict est un citoyen lambda et non un marginal. Il n’est plus isolé mais peut vivre son addiction ou ses pulsions addictives (presque) au grand jour. D’ailleurs, elles ne sont pas nécessairement vécues comme des souffrances. D’abord, parce qu’elles sont plus communes, mais aussi parce qu’elles recouvrent des réalités différentes. La pulsion addictive est en effet vécue subjectivement. Deux personnes qui ont des pulsions alimentaires ne vont pas le vivre de la même manière, l’une pourra le vivre sans même y prêter attention tandis que l’autre en souffrira. C’est pourquoi, il n’existe pas une seule recette pour accompagner ses pulsions addictives.